Cerveau de maman : non, vous ne perdez pas la tête ! 🧠 (Ce que la science dit vraiment)
Étant actuellement à 23 semaines de grossesse pour la seconde fois, je dois vous avouer que l'expérience n'est pas du tout la même que pour la première ! Plus de fatigue, plus de nausées, plus irritée... ou plus irritable (ou les deux ? Désolée mon amour... 😅).
Malgré mon immense gratitude pour ce deuxième cadeau de la vie, je vous partage en toute ouverture et transparence — de mon cœur de mère au vôtre — que je me suis déjà sentie plus rayonnante dans la vie. Et si je peux me permettre de vous partager une crainte personnelle : la perte cognitive, perdre les capacités de mon cerveau fait partie de mes plus grandes peurs...
Et entre vous et moi, à toutes les mamans de cette communauté, nous savons très bien ce que la grossesse et le post-partum font à notre pauvre cerveau ! On en perd des bouts, on oublie des choses, on fait des gaffes qu'on ne ferait jamais d'habitude (comme ranger la salière dans le frigo... et oui, je suis coupable 🙋🏻♀️). On se fait dire que le cerveau rapetisse, qu'on en perd au fil des années et que ça ne s'améliorera pas avec la vieillesse...
ET BIEN NON !
Suite à de profondes réflexions et recherches sur le sujet, je me suis dit : c'est assez. Autant m'informer et faire usage de mon cerveau adéquatement avant de tomber dans les scénarios catastrophes. Alors voici quelques découvertes faites lors de mes récentes lectures scientifiques qui vous redonneront espoir en votre magnifique cerveau 🥳 (et je vous laisse bien sûr la liste des références à la fin si vous voulez pousser la curiosité !).
1. La grossesse : une grande vague de « nettoyage » et de spécialisation
Pendant la grossesse, les hormones (notamment les œstrogènes et la progestérone) atteignent des niveaux inédits. Sous cette vague hormonale, le cerveau subit effectivement une réduction temporaire du volume de sa matière grise (environ 3 %).
Mais attention : ce n'est pas de la détérioration !
Est-ce vrai que le cerveau « rapetisse » ? En réalité, dire que le cerveau « rapetisse » est très exagéré par rapport à ce que la science observe vraiment ! C'est vrai qu'on note une légère diminution du volume global du cerveau pendant la grossesse, et qu'elle touche principalement la matière grise. Mais attention : cela ne veut pas dire qu'on détruit du tissu cérébral ! Une grande partie de ce changement s'explique plutôt par des mouvements de fluides tout à fait réversibles dans le cerveau... et le volume remonte en grande partie après l'accouchement. Utiliser le mot « rapetisser » laisse croire qu'on perd du cerveau pour de bon, alors que la science prouve tout le contraire !
En neurosciences, on appelle cela l'élagage synaptique (synaptic pruning). Le cerveau ne s'atrophie pas : il supprime les connexions superflues pour renforcer et spécialiser les circuits essentiels. C'est exactement le même processus d'optimisation qui se produit à l'adolescence.
Ce remodelage intensif prépare la mère à :
Développer l'attachement et l'empathie envers son bébé.
Affiner sa capacité à décoder les signaux et les pleurs du nouveau-né.
Renforcer la vigilance et les réflexes de protection.
2. Première vs deuxième grossesse : un cerveau qui s'adapte à chaque étape
L'une des découvertes les plus captivantes de la littérature scientifique récente est que notre cerveau ne réagit pas du tout de la même manière lors de la première et de la deuxième grossesse !
Lors de la 1ère grossesse : Le remodelage se concentre dans le réseau du mode par défaut. Ce réseau est lié à la perception de soi, à l'empathie et à la réflexion sociale. C’est le réseau clé de la matrescence — cette grande transition identitaire vers le rôle de mère.
Lors de la 2e grossesse : La diminution du volume de matière grise est similaire en quantité (~2,8 %), mais elle se déplace vers les réseaux de l'attention et sensori-moteurs. Le cerveau s’adapte aux nouvelles exigences du terrain : gérer plusieurs enfants à la fois, maintenir une vigilance partagée et s'adapter aux sollicitations physiques et posturales quotidiennes.
Les chercheurs réussissent même à identifier si une femme est mère d'un premier ou d'un deuxième enfant uniquement en observant l'imagerie de son cerveau. Notre cerveau ne subit pas la maternité : il se sur-mesure pour elle !
3. Et à long terme ? Une fontaine de jouvence pour notre cerveau
Si les premiers mois du post-partum demandent une énergie folle (et nous font chercher nos clés partout), les effets cumulés de la maternité à long terme sont extrêmement rassurants.
Des études menées auprès de femmes de 60 ans et plus montrent que le fait d'avoir eu des enfants est associé à un cerveau d'apparence plus jeune et à un volume de matière grise globale plus important des décennies plus tard. En stimulant la plasticité cérébrale, la maternité offre, si on peu le dire, une forme de neuroprotection contre le vieillissement cérébral !
1 à 4 enfants : Période associée au niveau maximal de préservation de la santé cérébrale et cognitive à long terme.
5 enfants et plus (grande multiparité) : On observe une légère augmentation du risque de déclin cognitif plus tard. Toutefois, les chercheurs soulignent que ce risque n'est pas causé par la grossesse elle-même, mais plutôt par la charge globale de stress, la fatigue accumulée, la charge cardiovasculaire et les facteurs socio-économiques au fil des ans.
(Et pour les papas : des bénéfices cérébraux similaires sont aussi observés chez les pères engagés ! Preuve que le simple fait de prendre soin d'un enfant stimule et façonne le cerveau.)
Où l'ostéopathie et le yoga entre-t-ils en jeu ?
En tant qu'ostéopathe (et maman à nouveau enceinte !), ces découvertes me touchent particulièrement. Puisque le cerveau s'adapte à une vitesse fulgurante et que les réseaux sensori-moteurs et attentionnels sont mis à rude épreuve (particulièrement lors des grossesses subséquentes), l'accompagnement du corps prend tout son sens.
Les prises en charge en ostéo et en yoga thérapeutique ne se limitent pas à soulager une sciatique ou une tension lombaire : elle s'adresse directement au système nerveux autonome.
En libérant les tensions mécaniques, en optimisant la mobilité du bassin et de la colonne, et en travaillant sur la régulation du stress (via le système nerveux végétatif et le nerf vague), ces approches offrent au corps un espace de calme. Cela favorise une meilleure intégration des schémas posturaux qui changent constamment, diminue la charge de stress globale et soutient cette formidable période de plasticité cérébrale pour vivre une grossesse et un post-partum plus sereins.
Ce qu'il faut retenir; de mon cœur de maman au vôtre
Si vous vivez des moments d'oubli ou si vous retrouvez la liste d’épicerie dans le tiroir de la salle de bain cette semaine (encore coupable 🙈), rappelez-vous que :
Votre cerveau est en plein chantier d'optimisation. Il ne s'atrophie pas, il se spécialise pour répondre aux besoins de votre enfant et à votre nouvelle réalité.
Cette phase est transitoire. La récupération et la réorganisation se poursuivent activement durant le post-partum.
Soyons douces avec nous-mêmes. Le sommeil (quand c'est possible !), la gestion du stress, le soutien de l'entourage et une prise en charge globale sont nos meilleurs alliés.
On ne perd pas la tête : on est simplement en train de créer un cerveau de maman. ♡
Références scientifiques 📚
Pour les plus curieux et curieuses qui souhaitent approfondir leurs lectures :
Hoekzema, E., et al. (2022/2023).Mapping the effects of pregnancy on resting state brain activity, structural connectivity, and gray matter volume. (Étude prospective longitudinale sur le remodelage cérébral lors de la 1ère et 2e grossesse).
de Lange, A. M., et al. (2019/2020).Rotterdam Study & UK Biobank cohort analyses on parity, brain age, and cognitive trajectory. (Études sur l'âge cérébral, la parité et la préservation de la matière grise à moyen et long terme).
Glaser, R. L., & Dimitrakakis, C. (2013).Maturitas cohort evaluation of hormonal trends, metabolic factors, and neuro-structural correlates in multiparous women.
Song, X., et al. (2018).Parity and risk of late-life cognitive decline and dementia: A systematic review and meta-analysis. (Méta-analyse sur la relation en courbe en U entre la parité et le risque de démence).
National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES).Data analysis on parity, cognitive function scores, and metabolic health indicators in mid-to-late life.
Lisofsky, N., et al. (2019).Postpartum cortical plasticity and structural modifications across primiparous and multiparous mothers.
Ning, K., et al. (2020).Parity, maternal brain age, and structural brain integrity in midlife: findings from large population-based cohorts.